Analyse linéaire - Le Chevalier de la charrette - 1176/1181 - Chrétien de Troyes - « La charrette de la honte »
Le Chevalier de la charrette - 1176/1181 - Chrétien de Troyes
Texte de l'extrait étudié
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Le chevalier, à pied, sans lance, s’avance vers la charrette. Il voit un nain assis sur les brancards, tenant comme un charretier une longue baguette.
— Nain, lui dit le chevalier, pour Dieu, dis-moi si tu as vu passer par ici ma dame la reine?
Mais le nain, sale et de vile origine, refuse de lui donner des nouvelles.
— Si tu montes sur la charrette que je conduis, dit-il, tu pourras savoir d’ici demain ce qu’ilest advenu de la reine.
Sur le moment, le chevalier continue son chemin, sans y monter. C’est ce bref retard qui lui vaudra la honte: quel malheur d’avoir hésité! Il le regrettera.
Mais Raison, qui s’oppose à Amour, lui dit de ne pas monter: elle l’avertit et lui conseille de ne rien entreprendre dont il puisse avoir honte ou reproche. Ce n’est pas dans son cœur, mais dans sa bouche que Raison ose parler ainsi. Car c’est Amour qui loge dans son cœur.
Et Amour l’exhorte et lui ordonne de monter tout de suite sur la charrette.
Amour le veut: il y saute donc. Peu lui importe alors le déshonneur, puisque c’est par ordre et volonté d’Amour!
Messire Gauvain suit de près la charrette, en piquant des éperons. Il est étonné de voir le chevalier assis et dit:
— Nain, conseille-moi, dis-moi si tu sais quelque chose de la reine.
— Si tu te méprises toi-même autant que ce chevalier qui est assis ici, monte avec lui, si cela te convient, et je t’emmènerai aussi.
En entendant cela, messire Gauvain estime que c’est une très grande folie. Il dit qu’il ne montera pas: ce serait un vilain marché d’échanger son cheval contre une charrette!
— Nain, lui dit le chevalier, pour Dieu, dis-moi si tu as vu passer par ici ma dame la reine?
Mais le nain, sale et de vile origine, refuse de lui donner des nouvelles.
— Si tu montes sur la charrette que je conduis, dit-il, tu pourras savoir d’ici demain ce qu’ilest advenu de la reine.
Sur le moment, le chevalier continue son chemin, sans y monter. C’est ce bref retard qui lui vaudra la honte: quel malheur d’avoir hésité! Il le regrettera.
Mais Raison, qui s’oppose à Amour, lui dit de ne pas monter: elle l’avertit et lui conseille de ne rien entreprendre dont il puisse avoir honte ou reproche. Ce n’est pas dans son cœur, mais dans sa bouche que Raison ose parler ainsi. Car c’est Amour qui loge dans son cœur.
Et Amour l’exhorte et lui ordonne de monter tout de suite sur la charrette.
Amour le veut: il y saute donc. Peu lui importe alors le déshonneur, puisque c’est par ordre et volonté d’Amour!
Messire Gauvain suit de près la charrette, en piquant des éperons. Il est étonné de voir le chevalier assis et dit:
— Nain, conseille-moi, dis-moi si tu sais quelque chose de la reine.
— Si tu te méprises toi-même autant que ce chevalier qui est assis ici, monte avec lui, si cela te convient, et je t’emmènerai aussi.
En entendant cela, messire Gauvain estime que c’est une très grande folie. Il dit qu’il ne montera pas: ce serait un vilain marché d’échanger son cheval contre une charrette!
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